

Poème écrit à plusieurs à partir d'un abécédaire de la prison
Montluc, été 2002
Prisonnières
ATTENDRE, c'est le verbe que l'on conjugue à tous les temps,
Seules derrière les BARREAUX sondés à tout bout de champ
De peur que l'on s'enfuie de nos CELLULES.
Notre DESESPOIR, on l'endort avec des pilules.
On nous ENFERME dans cet enfer qui nous détruit à petit feu :
Comme ces FOUILLES humiliantes dès que l'on sort de ce lieu,
Ces GARDIENNES qui déambulent avec leurs trousseaux moyenâgeux,
Cette agressivité qui nous construit un caractère HAINEUX.
L'INJUSTICE nous enferme avant d'être condamnées,
Car on attend parfois des années avant d'être JUGEES
Et le verdict au retour du palais nous met souvent K.O.
Impossible d'être LIBRE comme un oiseau,
Retour à la case départ : MANQUE d'affection, privation...
Le NUMERO d'écrou comme seule identification,
L'OEILLETON qui nous épie sans répit,
Jusqu'au PARLOIR, sans véritable intimité avec nos familles, nos amis.
A longueur de journée, on ne fait que QUEMANDER,
Une douche, du pain, le courrier, jusqu'où aller pour être RESPECTEES ?
La solitude nous guette au point de nous engloutir dans le SUICIDE,
Toute personne peut TREBUCHER sans guide.
L'USURE nous déstabilise moralement,
Avec cette VIOLENCE physique menaçant à chaque instant
Et qu'on essaie d'oublier avec un WALKMAN, seul refuge dans cette promiscuité traîtresse.
Grâce à cet oasis, plus de détenues X, de hurlements, de détresse,
Plus de YO-YO qui passe de cellule en cellule comme un S.O.S,
Plus l'impression d'être dans un ZOO où les visiteurs nous regardent comme des bêtes curieuses !
Médiathèque de Vaise (septembre 2001)
portrait chinois par les habitants du quartier
SI VAISE ETAIT UNE COULEUR...
ce serait le gris, gris de l'asphalte foulé, refoulé, crissant et implorant, gris sombre et assombri entre chien et loup,
écailles argentées des étals des poissonniers, noir-blanc blanc-noir des façades solidaires abritant des histoires grises, gris clair de l'atmosphère délétère.
elle serait grise comme l'asphalte qui luit après la pluie
Prise d'un frisson elle s'abandonne au fer et au béton
rouge violent agressif pour le moment
site de contrastes,
vie qui se réveille création
d'un nouveau style fusion à réaliser entre les anciens et les modernes
dans le respect des cultures et des traditions
ce serait brun doré, car le soleil réchaufferait les façades des bâtisses, celles-ci bruniraient de plaisir. les enseignes des magasins, telles des mirettes, brilleraient de joie. Les passants se fonderaient dans la douceur de cette couleur, à faire verdir les chocolats de Voisin.
ce serait le gris, mais égayé de quelques traits de couleur gris du béton des immeubles, bouche du métro, médiathèque, gris des vitres sales, des boutiques fermées, gris des nuages, souvent le rouge des stores de différentes échoppes ou bars. Encore plus rouge la boutique de Danièle et ses dessous chic, le rouge du marquage du métro et TCL le vert des croix des pharmacies plus fréquent que le vert des arbres. Le vert des cantonniers le bleu de Kaufhman Broad et parfois le bleu du ciel
le jaune des étoiles : jamais
atelier intergénérationnel P.A.E.S.I
printemps 2007
en partenariat avec le TNG et la Médiathèque de Vaise
Formation d'Auxiliaires de Gérontologie de la Croix-Rouge, Juillet 2003
Histoire à quatre mains, inspirée de la première phrase de la nouvelle "Mondo" de Le Clezio
Mondo, libre dans sa tête
Personne n'aurait pu dire d'où venait Mondo. Il était arrivé un jour, par hasard, ici dans notre ville, sans qu'on s'en aperçoive, et puis on s'était habitué à lui. Au début, tout le monde l'ignorait, sauf peut-être la vieille bonne du curé. Par compassion ou pour une autre raison, elle lui avait rapidement offert le gîte et le couvert. Lui, en échange, s'adonnait à quelques menus travaux, lui rendant ainsi bien des services. Mais ce qu'il affectionnait en particulier, c'était de s'occuper des fleurs dans la cour de la cure. Puis, il redonna un air de gaieté aux petits carrés de terre autour de l'église. On le voyait sans cesse arracher les mauvaise herbes, arroser les petites fleurs qu'il avait plantées. Il restait parfois un grand moment à contempler les fleurs fanées. Personne ne savait à quoi il pensait. Il restait assis là pendant de longues heures. Le monde tournait autour de lui. Il ne voyait personne. Rien ne le sortait de sa torpeur. Même l'église qui égrenait les heures semblait sonner dans le silence. La tête entre les mains, il pensait. Souvent, quelques larmes venaient voiler son doux regard. Il reniflait, ravalait sa salive, et jouait avec ses pieds dans la terre fraîche du jardin. Certains avaient essayé d'entamer un court dialogue mais rien n'y faisait. D'autres avaient remarqué qu'il ne se séparait jamais d'une triste besace. Que contenait-elle ? Peut-être les souvenirs de sa vie antérieure bien loin de là, peut-être les reliques d'une existence torturée. Tout le monde s'interrogeait et chacun commençait à espérer qu'un jour il la laisserait enfin échapper et que ses trésors seraient connus de tous. Quelquefois, un murmure agitait ses lèvres, il levait alors les yeux vers le ciel et il priait. Puis il retombait dans sa torpeur. Peut-être parce qu'il ne connaissait personne, bien que certains l'approchaient, il se sentait toujours étranger, surtout dans le jardin de cette cure si calme et paisible. Un jour, il a demandé au curé de quitter la ville. Le curé lui a répondu : "Non, Mondo. Tout le monde t'apprécie ici, même si tu donnes l'impression d'être toujours renfermé." Tout le monde a remarqué qu'il était gentil, travailleur, serviable. Mais Mondo ne se sentait pas à sa place. On avait l'impression qu'il était temps pour lui de partir. Quelque chose ou quelqu'un l'appelait, ailleurs. Il alla reparler à la bonne, la remerciant, lui disant qu'il ne fallait pas l'empêcher de partir, qu'il avait fait ce qu'il avait à faire ici et qu'il devait s'en aller. La bonne le pria de rester, mais ses efforts furent vains, Mondo était décidé et personne ne pouvait le faire changer d'avis. La bonne résignée lui donna sa bénédiction et lui souhaita de trouver ce qu'il cherchait. Personne n'aura su d'où venait Mondo, il est parti un jour, loin de notre ville, sans que l'on s'en aperçoive, et on ne l'a jamais revu.